Améliorer la qualité de ses rencontres amoureuses et leurs chances de réussite en comprenant quels sont les clichés sur le couple et l'amour dont nous sommes tous victimes.
On croit souvent que ce sont les anciennes générations qui raisonnent comme ça. Mais il n'en est rien : rendre l'autre heureux à tout prix va avec le mythe de l'homme/la femme de sa vie.
Plus jeune j'ai connu un couple de personnes âgées : la femme, Cristina, accourait aux moindres besoin de son mari, qui était un peu brutal avec elle (en parole). Je me demandais comment elle pouvait ainsi s'abaisser à accourir à la moindre injonction du mari. Je trouvais ça avilissant. Elle n'avait pas l'air de s'en formaliser. Elle s'exécutait en silence, sans jamais broncher, soumise. Un jour, j'appris que son mari, qui était le centre de son monde à elle, venait de décéder. J'appris qu'on la retrouva, quelques jours plus tard, morte de faim enfermée chez elle. Servir son mari, le rendre heureux, était son unique but dans la vie. Lorsque le but a disparu, sa vie n'avait plus de raison d'être.
Vous allez penser que, justement, ce genre de choses n'arrivent qu'aux anciennes générations. C'est ce que je pensais aussi avant de connaître Alicia.
Elle vivait ses relations amoureuses comme Cristina : pour elle, l'amour c'était vivre pour l'autre, prévenir ses moindres désirs. Lorsqu'elle faisait des courses, elle ramenait toujours les aliments préférés de son conjoint et en était heureuse. Qu'est-ce qu'li lui plaisait, à elle ? Je ne saurais le dire. En fait je n'ai jamais su ce qui l'intéressait dans la vie. Elle ne pratiquait aucune activité pour elle-même : seulement pour accompagner son conjoint. Elle détestait le sport mais se forçait à en pratiquer ! Cela ne l'empêchait pas de se plaindre : « Mais qu'est-ce que tu peux trouver d'intéressant à renvoyer sans cesse une balle ? » Elle se gâchait la vie et gâchait celle de son compagnon. Un jour, l'un de ses compagnons la quitta : on la récupéra illico après un saut d'un 2ème étage.
La conclusion de ces tranches de vie dont j'ai pu être témoin, c'est que : se sacrifier pour l'autre, c'est mortel ! La fusion, c'est suicidaire !
Georges Bernanos disait : « Prendre sa joie dans la joie des autres, c'est le secret du bonheur »
Mais je ne suis pas d'accord avec lui ! Je crois que le couple c'est « moi, toi et nous » : si on n'y trouve pas l'espace pour s'épanouir personnellement, on y perd peu à peu son identité, on y étouffe à petit feu.
Pour prendre Kennedy en porte-à-faux, je dirais : « ne te demande pas ce que tu peux faire pour l'autre, mais demande-toi ce que tu peux d'abord faire pour toi-même !».
Il ne s'agit pas de jouer les machos (pour les hommes) ou les princesses capricieuses (pour les dames), mais simplement d'intégrer la dimension personnelle au sein du couple. L'épanouissement personnel est un critère de qualité du couple : si on s'y épanouit, on s'y sent bien. Et se sentir bien dans sa peau rejaillit alors directement sur le climat du couple ! C'est un cercle vertueux ! Comme le dit John Gray, pour être heureux, il faut veiller à remplir ses différents « réservoirs » d'amour, il faut veiller à ce que l'amour provienne de manière équilibrée de différentes sources : les amis, la famille, le conjoint, les collègues, etc. Si on se focalise trop sur le conjoint, on établit un déséquilibre qui se retourne fatalement contre soi.
La question délicate est : où sont les limites ? Où s'arrête le développement personnel pour que commence le partage dans le couple ? Où le « moi » et le « toi » cèdent la place au « nous » ?
J'en connais qui fuient le couple au prétexte de s'épanouir avec des activités personnelles. Là où ça devient symptomatique, c'est quand l'autre n'est plus du tout impliqué dans ces activités, dans ces sorties. Vivre à deux, ce n'est pas faire sa vie chacun de son côté et se donner des nouvelles de temps en temps ! Enfin ça peut l'être, bien sûr, mais c'est moins enrichissant, c'est une relation moins profonde. Le « moi », le jardin secret, les activités épanouissantes, sont justifiées à partir du moment où elles permettent d'enrichir le couple. Indirectement, puisque c'est un jardin secret (;-) !
L'idéal serait de parvenir à préserver une part d'autonomie, d'indépendance, tout en veillant à conserver de l'espace pour l'autre, pour des retrouvailles, des échanges et des sorties communes.
Ceux qui vivent une relation fusionnelle ont du mal à admettre cela. Pour eux, « autonomie » est synonyme d'« égoïsme », d' « indifférence ». Mais ils ne se rendent pas compte que dans la fusion, à trop se rapprocher de l'autre, on l'étouffe. ( Jacques Salomé décrit bien ce processus d'assèchement dans les relations fusionnelles dans « Je m'appelle toi ».) A trop étouffer l'autre, il perd son identité, les traits qui ont conduit à l'aimer : en l'étouffant on le rend moins digne d'être aimé, et, au final, on s'en désintéresse peu à peu. Il devient une chose plus qu'un être à part entière. Ce cercle vicieux installe le désamour et conduit à la séparation.
Le piège de la fusion, c'est que le sacrifice pour l'autre est considéré dans nos sociétés judéo-chrétiennes comme un geste noble, au-dessus de tout soupçon. Du coup, le conjoint se sent piégé quand l'autre lui reproche son ingratitude devant tous ses sacrifices. Il devrait être reconnaissant au lieu de se plaindre qu'on s'occupe trop de lui !
Mais le sacrifice n'est pas de l'amour : chosifier l'autre, c'est le rabaisser. Le sacrifice pour l'autre, c'est le soumettre par un chantage affectif, c'est le diminuer. L'amour, au contraire, est une énergie qui porte, une énergie qui loue l'évolution de chacun au sein du couple. L'amour, c'est être heureux d'avoir aidé l'autre à se dépasser, à être plus fort. L'amour n'a pas peur de rendre l'autre si fort qu'il puisse se passer de soi. Le sacrifice, c'est la peur que l'autre parte.